Réflexion baroque sur l'élasticité du temps vécu.
Publié le 28 Septembre 2014
La Relativité restreinte d'Einstein réinterprétée par Salvador Dali et subtilement annotée à partir d'un détail d'un tableau de 1931 intitulé "La Persistance de la Mémoire" par relativite.e-monsite.com
La notion de temps est tellement maléable qu'elle ne peut être qu'une création de l'Homme qui s'est évertué à, scientifiquement, le stabiliser (en débutant avec le cadran solaire) puis il a cherché à, atomiquement, en diviser la durée de façon de plus en plus courte (de la nanoseconde = un milliardième de seconde à l'attoseconde = un milliardième de nanoseconde, notée très laconiquement " 10-18s " par les scientifiques).
De l'autre côté de l'échelle du temps (si toutefois il est représenté de façon linéaire) c'est le millénaire soit 31,5 milliards de secondes, par ailleurs astronomiquement la distance et la durée se confondent souvent (à tort, diront les matheux, mais, à la vitesse de la lumière, l'espace et le temps sont étroitement liés) dans la notion d'année-lumière soit 9461 milliards de kilomètres = 9,461x1015m parcourus par la lumière en un an (= 31 536 926 s).
Je ne connais pas de matière capable d'une telle élasticité : le temps n'est pas un "Réel matériel" c'est donc une création de l'esprit humain, le temps est une donnée purement virtuelle, suscitée par l'observation humaine de la succession des jours et des nuits sur terre.

Vue d'une station orbitale, la limite jour/nuit élargit encore nos horizons de pensée !
En ma réalité du monde qui m'entoure, le temps est un vécu non mesurable étroitement dépendant de mon attention à la vie du moment. Ma volonté de concentration sur ce que je suis en train de faire ou d'imaginer, peut démultiplier ma sensation de la durée de mon action ou imagination. Durée qui, de l'extérieur de mon cerveau, peut être mesurée très précisément mais dont, à l'intérieur, je peux avoir une conscience toute relative et élastique selon mon degré d'attention/concentration... Ah tiens donc, il est déjà cette heure là ! Ce n'est pas possible !!
Chacun de nous a déjà fait l'expérience de la différence du ressenti de la durée du temps avec, par exemple, son voisin de voyage en train ou en avion : si vous êtes dans l'attente de la fin du voyage en surveillant anxieusement les minutes qui s'égrènent, vous trouverez la même durée de temps beaucoup plus longue que votre voisin qui était plongé dans une lecture passionnante.
Finalement nous avons tous à notre disposition "la machine à jouer avec le temps" en le dilatant ou le rétrécissant, en le lançant vers le passé ou le futur (mais attention comme au jokari il y a un retour élastique !), en le suspendant au dessus d'un lac (à la façon de Lamartine) ou au portemanteau dans les vestiaires d'une salle de spectacle, en l'oubliant au coin d'un bois ou le long d'une plage....cette fabuleuse machine à jouer avec le temps, unique en son genre, c'est, vous l'avez deviné, notre cerveau !
Le temps qui passe peut sourire à la vie !
Ainsi le temps qui passe ne me stresse plus, plus rien à rattraper (rattraper le temps perdu !?) ou à manquer (manquer de temps pour...), plus rien à gagner ni à perdre, inutile de courir après puisqu'il est en moi, puisqu'il se déplace avec moi (notion d'espace-temps l'un étant lié à l'autre) et mieux que de l'avoir avec moi "je suis mon temps présent" et "je suis le temps qui vieillit en moi".
Si je veux accorder mon temps à celui des autres je m'en réfère à la durée universelle, codifiée atomiquement à nos horloges et nos montres, le même pour tous les Humains que je côtoie, et cela pour vivre ensemble sans trop de décalage. Gérer la durée des activités de nos journées est un simple problème technique d'organisation sans état d'âme.
Mais le temps d'autrui qui ne passe pas, dans sa tête, à la même vitesse que le mien (dans ma tête), introduit souvent des quiproquos rigolos dans mon quotidien.....attends...attends donc...pas si vite...! As-tu senti la fraicheur du temps ? As-tu palpé son épaisseur ? As-tu goûté la saveur du moment présent ? As-tu humé son parfum ? As-tu entendu son refrain serein ? Mais regardes donc le temps qui passe, comme un train !
Oui...oui, les vaches sont parfois philosophes et quelque peu physiciennes en regardant passer les trains, car c'est avec le paradoxe du train qu'Einstein a tenté d'expliquer sa relativité restreinte avec sa liaison espace-temps (mais ce train devrait se déplacer à la vitesse de la lumière ce qui, même aux beaux yeux des vaches, ne rend pas cette explication très intuitive !).
La lenteur, me direz-vous, est un luxe, une richesse et un bonheur qui leur permet d'échapper ainsi au dictat de l'argent (pardon, je n'ai pas très bien compris ! Le luxe et la richesse seraient dissociables de l'argent !?). Contrairement à l'adage "time is money" qui incite à la vitesse capitaliste, la lenteur, de part l'expérience humaine approfondie qu'elle apporte (expérience que la mémoire a ainsi le temps d'enregistrer) la lenteur me dévoile que chaque minute qui passe peut me rendre plus heureux et plus riche en humanité. Alors en ce sens je ne crains pas de vieillir avec lenteur et de prendre le temps de sourire...
Vivre pleinement chaque instant de vieillissement à tous les niveaux sensoriels simultanément et dans toutes les densités-humaines également. Cette vigilance à laisser entrer symphoniquement en nous toutes les sensations à la fois peut saturer notre cerveau conscient : il lui faut du temps donc de la lenteur, de l'expérience et j'allais dire du recueillement, pour jouir ainsi de la vie de façon intégrale !
Alors qu'auparavant le fil linéaire des instants semblait rapidement et habilement s'enchaîner comme dans un film de vie quotidienne nous permettant d'aller vite....apparemment, mais un par un, une séquence après l'autre, d'un instant à l'autre et vice versa, avec un coefficient de dispersion non négligeable.
Je me demande si en ralentissant mon temps vécu, je peux m'éterniser en redécouvrant consciemment et à chaque instant ce que je connais inconsciemment depuis longtemps (voire depuis toujours) laissant subrepticement émerger ce connu d'un lieu mystérieux comme enfoui dans une mémoire abyssale. Par contraste, la lenteur vigilante permet ainsi de percevoir la fulgurance des pensées venues d'ailleurs : une approche terrestre de l'éternité par la lenteur !?
Jouer avec le temps à l'intérieur de son être est un secret de sagesse, mais respecter la durée extérieure qui nous harmonise les uns avec les autres, ne l'est pas moins. C'est une question d'équilibre !
Bien distinguer le temps qui est variable extensible et personnel, de la durée qui est fixée minutée et collective.
À propos du temps : pour que le temps soit vraiment libre et sans regret il s'agit de passer de l'avoir à l'être, ne plus se situer dans le faire et faire fi de la durée qui passe pour se consacrer à l'intensité du moment présent qu'il soit choisi ou non. Vouloir organiser son temps dans une optique cartésienne n'aboutit souvent qu'à expérimenter la fuite du temps, car la liste de nos désirs, conscients ou pas, est toujours trop longue ! Et nous laissons ainsi, en cours de route, des petits tas d'activités inachevées comme le petit poucet laissait des petits cailloux : serait-ce pour laisser une trace justificatrice de notre passage ou bien tenter de remonter le temps, quand enfin nous aurons le temps de le faire, pour retrouver notre chemin ? Utopie !!!
À propos de la durée : en prenant l'exemple de l'apprentissage puis du travail, ils sont à considérer non comme des temps, mais comme des durées de sa vie données à la collectivité pour l'amélioration du sort de tous et de chacun, et ceci en outrepassant mentalement la notion de hiérarchie (trop reliée au pouvoir de l'Homme sur l'Humain) au profit d'un sens du vivre ensemble. Bien sûr il y a rémunération de la part de la société pour la durée de travail mais dans cette vision du réel ce juste retour financier du "devoir collectif" n'est plus au premier plan. La durée, d'un travail, d'une qualification, d'une compétence, la durée a une valeur monétaire variable, mais le temps ─ lui ─ est définitivement gratuit !
Ainsi je peux, dans l'épaisseur de ma présence parmi les évènements alentour, donner mon temps sans compter, sans rien dire et sans retour......
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Inexplicablement je suis resté bloqué là, au moins trois à quatre jours, dans la rédaction de la fin de cet article, mon cerveau ignorant la raison de cette attente intellectuellement vide mais dont la cause devient viscéralement évidente ce dimanche matin 28 septembre 2014 à l'aube : le téléphone nous apprend, avec mon épouse, la naissance de notre première petite-fille !
Le temps est venu d'assumer joyeusement pour la première fois l'art d'être grand-père et je ressens que l'élagage, déjà entrepris, de mes superflus quotidiens va devenir indolore. Pour reprendre des mots de mon père un peu avant sa mort "l'épure de ma vie" va s'embellir et s'embaumer de nouveautés vivifiantes.....
Dès maintenant, en toute conscience désormais, je plonge avec bonheur dans la trialectique de l'amour familial et cela apportera sans doute de nouvelles couleurs à ce blogue !
Dominique Lamy
Heureuse coïncidence : dans sa dernière chronique sur "La Vie" du 25/09/2014 Alexandre Jollien écrit « Rien ne sert de courir.....Bien souvent, je galope comme un dératé toute la sainte journée.....L'autre jour, en traversant un carrefour noir de monde, mon fils Augustin m'a dit "Papa, ne passe pas en système pressé ! ". Soudain, j'ai vraiment connu une petite révélation grâce à cet enfant de 8 ans..... La vraie subversion, la véritable révolution, c'est de ralentir. L'amour et l'essentiel ne se conjuguent qu'au présent, ils se déploient tout entier dans l'ici et maintenant. »
Livre rare sur un personnage double-bosse plein de passé (en arrière) et d'avenir (en avant) mais bien présent (au milieu) pour qui le temps ne compte plus et qui sait rire comme un bossu ! Extrait de la collection de la Digital Library Mc Gill
Cet article vous-a-t-il plu ?
Que ce soit oui ou non, n'oubliez pas de donner de votre temps en l'écrivant complaisamment ci-dessous ! Si vous le voulez bien !!!
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